Vider

VIDER – TEXTE écrit PAR JESSICA Luhahe (2009)

Percer. Se vider. Je ne pourrai peut être pas. Vider. Je ne pourrai peut être pas. Refaire la même chose. Regarder en face. En face, se regarder. Lancer. Jeter dans le vide.

Peut être, tu envoies les choses comme ça, ça s’envole, on refait des airs, on s’envole, virevolte dans les nuages, je tombe un peu parfois, mais ça n’est pas grave. Je revois les chutes.

Encore. Les coups, couper, jeter, il faut se jeter, « il faut » m’énerve, je crache, j’enrage, je cherche, chercher une issue, y a-t-il? La lumière. Le rythme. J’aime bien. Je cherche à tâtons dans le noir. Refaire un monde. J’aimerais bien. Je pianote, je vole, je ricoche, j’érafle, je caresse, j’effleure, je file, je file, vite très vite. Je passe, je cours, je m’en vais loin. Je fouille les recoins de ma mémoire.

Enfoui au lointain, passe un train d’images sous exposées. Écharpe au coin de l’œil, garder le rythme, ne pas s’attarder. Il y a aura bien à un moment donné, une route. La bonne. Route, on fait la route, on les empreinte, les routes, on les fabrique, on les trace, on les cherche, on les répertorie. Et tout d’un coup, un trou. Aimer, parfois, tomber, dedans. Crier, souffler, éternuer.

C’est l’histoire d’un homme qui a la flemme d’aller faire ses courses, que voulez-vous que je vous dise, ça pourrait être intéressant mais ça ne l’est pas. Je ris, j’en fous partout, je couche, mes doigts sur le papier. Je tape, j’écris aussi vite que je le peux.

[…]

Libre ? « Chacun fait – fait – fait – c’qu’il lui plaîtplaîtplaît ». Je crache, je vomis, je constate, j’observe, parfois j’égorge des visions, je cherche, je cherche encore, petite idée, ici ou là, sortir, extraire, penser, repenser, laver, délaver, refaire tout ça, défaire tout ceci, je refais , je défais, j’arrache, je colle et décolle tout ce , tout ceci ne servant à rien du tout, rien du tout, s’y accrocher, raccrocher, songer, forger, transpirer les mots, les phrases, les textes, je transpire tout, tout ça gonfle, gonfle, explose les mots, j’explose tout court. J’y arriverai, peut importe que ça n’ait pas de sens. Je retrouverai le bout. Les routes. Ne va pas là, et cours ici, reconstruire des refrains, je ne lâche rien, je gronde, je grogne, je n’arrête pas, je m’en vais vers l’avant, je décroche l’arrière, coule, roule une boule de forgeron, métallique, je flippe, ne regarde pas en arrière c’est écrit là, les livres, les mythologies, la religion, la page 37 de Marie-Claire. Va-t’-en, arrache-toi. Regarder le tableau. C’est un peu…aie. Mais, non. Non. Ça ne tue pas. Ravale maintenant.

[…]

Allons-nous faire les courses ? Remplir le réfrigérateur. Fils en nylon, rongeurs d’encre, sucre en poudre, corbeille. Et nous sommes là, au milieu de la rue. Faire le plein.

[…]

Succède à ceci, un tas d’incohérences : geindre, peindre, mulet, reflétant les impasses sociales, pâles parfois sérieuses, colporteuses de maladies. Sortir de ce jeu imbécile. Intime, je partage mes pensées avec un être enfoui dans un coin de cerveau. Vieux mots desséchés, percés, mités, images volages, qui s’envolent, s’évaporent, cosmopolites les idées voyages, reflets, renfermés, jetés à la va-vite d’une vitre donnant dans une pièce sombre et étroite. Mots ressassés, ravalés, correspondance perdue, qui aurait pu être en devenir. Je tords, torsade, perfore, composte, emporte, exporte, les mots, les tons, les phrases, les méandres d’esprit retourné, tourmenté, détourné, roulé dans ma tête. Je les chasse, les pourchasse, de toutes ces conneries de phrases toutes faites, toutes faites pour moi. J’éponge, ronge l’écorce des mots préfabriqués, immense building en plastique, taule rouillée, bonne pour la casse, je foire parfois, souvent beaucoup; je pourrai aller là, partir ici, venir là-haut, sauter là en-bas, embrasser un ciel de pensées, je me noie un peu dedans, sauter, dévaler, s’égarer. Baraque qui crame, toit qui roule dans la rue au grand jour.

[…]

Chante, parle, soleil, petit, fin, en recoin de feuille, le monde entier sur une feuille blanche. Une feuille blanche pleine de postillons. Expulser,la salive des autres, je n’en veux pas, je n’en veux rien, pas cette fois, remettre tout ça à plus tard.

Alors, loin dans la prairie, Joséphine était partie, nappe sur l’herbe bleue qu’il est bon de pique-niquer. Arbres verts, abricots oranges, saumonés, sauter de feuilles en feuilles, d’humeur en humeur, on triera plus tard. Tant pis, si ça fait des amas, des amas de phrases, des amas de mots, tordus, cassés, fragmentés par le poids des amas de tas de « j’en fais quoi » qui se déversent en conglomérats, je perce dans le cerveau, des trous de souris, des trous de souris où perce le jour. J’exerce une pression là, fouille avec mon ongle ici, j’épuise ce peu de vocabulaire, besoin de prendre l’air.

Bancales, des routes bancales, s’installent le longs des autoroutes d’amas d’amorces. Et marteau en tête retape, tape, le système nerveux d’un cerveau regorgeant de saloperies. Sainte rebelle, fournée de foin, jambes en l’air, oisifs vaseux oiseaux, désœuvrés, sauvés des eaux, volage cannibale, rosace acérée, ville tourmentée, titube dans les rues, tribunal, ordres désordonnés, foule apeurée, ruisselle dans le caniveau, vision d’horreur pour fantôme asthmatique, épique récit, épilogue monotone, cochon sans queue, racine bien pourrie, plante moisie, mur décrépi, peinture défraîchie, songe aux éponges qui moisissent dans l’évier, épervier enfermé, sol en plastique, je détruis le décor comme il me plaît, je refais ceci, détruis cela, je touche du doigt le laid, je bois le lait du beau, se reflète dans mon verre, des vers fanés et s’évaporent. Elle m’a dit « j’ai de la peine pour toutes ces graines qui auraient dû germer. Ne pousseront-elles jamais ? » Je vois tout ça, je fuis tout ça, je fais le beau et le laid à ma guise, j’y plonge et j’en sors comme ça m’arrange. Et puis je range les mots, arrange les étiquettes, un ange passe…Souvenir dans un coin sombre. Doute, voûte, poutre, je sens ces odeurs de concierge et, l’ascenceur ne fonctionne toujours pas. J’allume, je consume les mots, flotter dans les airs, j’expire, aspire, on ne voit plus rien, mémoriser, tas de sottises, bêtises en bloc, je nierai tout, je nierai tout, parce que je n’y suis pour rien. Ce n’est pas à moi, ce n’est pas à moi, ce n’est pas à moi. Ce n’sont pas mes mots, tout était déjà là quand je suis arrivée. Le ventre à terre, ramper, agripper le sol avec un ventre vide.

[…]

Alors, commence une nouvelle histoire, une nouvelle route, plus boueuse et ombragée que les autres, saut de mouton, tête bêche, folle envie de pisser dans le violon, on se refait le monde, comme le portrait, autour d’un cornichon. J’emmêle mes doigts autour de ton cou, cordage, collage, te colle une étiquette « t’es qui ? ».

Tâche d’huile, beurre fondu sur la cuisse, la moitié de deux saucissons je pourrais avaler. Puis, partir loin, s’en aller, là où poussent les maisons et les gens. Non, pas par là, fuir toutes portes. Je composte, j’enfourne, je touille, déroule, enroule, détourne, saoule de verbes au 1er degré, cagoulée, sans histoire miroir, fournir le pire pour obtenir le meilleur. Qui ne pourrait être sans, sans sang, repoussant, lécher ce qu’on n’aime pas, repousser ce qui tiraille au fond de la gorge, il y a un animal au fond de la gorge, vider, l’égorger, sortir, s’assurer que c’est bien vide et puis s’arrêter.

Post’it : remplir le réfrigérateur

 

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